La date du 12 janvier 2010 n’est pas une simple date dans le calendrier Haïtien. C’est une cicatrice ouverte dans la mémoire nationale, une blessure qui traverse les générations. C’est un moment où le temps semble s’être arrêté, mais où la conscience d’un peuple s’est éveillée. Ce jour reste pour nous un symbole puissant: celui de ce qui fut détruit, mais aussi de ce qui a survécu la force, la dignité et la persévérance du peuple haïtien. Même lorsque tout semblait fini, lorsque les murs se sont écroulés et que les voix se sont tues, la résistance de ce peuple a brillé comme un flambeau que rien n’a pu éteindre. En Haïti, malgré la douleur, la vie a continué de battre, solidement ancrée dans le courage quotidien de chacun. Le 12 janvier 2010, en quelques secondes seulement, des vies ont été arrachées, des familles brisées, des rêves effondrés sous les pierres. Le sol s’est ouvert comme pour dévoiler toute la vulnérabilité humaine. Mais au cœur même de cette tragédie sans précédent, quelque chose de grand s’est révélé: la solidarité profonde qui unit les Haïtiens. Au milieu des décombres, des bras ont soutenu d’autres bras, des voix ont répondu à des cris d’appel, des mains ont sauvé des vies au péril de leur propre sécurité. Et même dans les larmes, l’amour est resté vivant. Haïti a pleuré, mais Haïti n’a pas cessé de se tenir debout. Ce jour-là, le monde a vu un peuple qui refuse de laisser la mort définir son histoire, un peuple qui, même face au pire, conserve une incroyable capacité à espérer. Aujourd’hui encore, nous portons en nous le poids de ce souvenir. Mais ce poids ne nous écrase pas: il nous ramène à l’essentiel. Nous ne nous souvenons pas pour rester prisonniers de la douleur, mais pour honorer ceux qui sont partis et renforcer notre désir de vivre. La mémoire est une lumière, jamais une chaîne. Elle nous montre l’endroit où nous avons été blessés, mais aussi l’endroit où nous avons trouvé la force de nous relever. Car se relever après un tel drame n’est pas un acte simple: c’est un acte de foi. Chaque maison reconstruite, chaque enfant retourné à l’école, chaque sourire revenu malgré la perte est un témoignage vivant de notre résilience. Nous sommes un peuple qui sait renaître, même du sol le plus brisé. Le 12 janvier symbolise aussi un appel profond à rebâtir autrement, à revoir nos fondations, à repenser notre avenir avec plus de sagesse et plus d’unité. C’est une invitation à rêver plus loin, à refuser le découragement, à garder vivante cette flamme intérieure qui nous pousse toujours à recommencer. Haïti, avec toutes ses blessures, continue de porter une beauté indestructible: la beauté de ses hommes et de ses femmes qui ne baissent jamais la tête trop longtemps. Un peuple qui, même lorsque tout semble perdu, trouve encore la force de dire: «Nou pap fini. Nou pap lage.» « Nou pap pèdi lespwa.» Et cette phrase n’est pas qu’un slogan: c’est une vérité inscrite dans le cœur du pays. En cette journée de commémoration, pensons avec amour à ceux qui ne sont plus. Embrassons ceux qui restent, soutenons ceux qui souffrent encore, et croyons fermement en ce que nous pouvons devenir ensemble. Chaque pas compte. Chaque geste de bonté est une pierre posée sur le chemin de la reconstruction. Chaque acte de solidarité est une victoire sur le désespoir. Parce que l’avenir d’Haïti ne se construira pas seulement avec des plans et des projets, mais avec la force intérieure d’un peuple qui refuse de s’éteindre. Haïti restera toujours plus fort que la douleur, plus grande que la catastrophe, plus belle que les souvenirs de malheur. Et cette force ne vient pas d’ailleurs: elle vient de nous. De notre capacité à souffrir sans renoncer, à tomber sans abandonner, à espérer même quand tout semble perdu. 12 janvier: nou sonje, nou lapriyè, nou rete kanpe. Parce que la mémoire est un devoir, l’espoir est un choix, et la résistance… c’est notre identité la plus profonde. Pour ainsi dire, en ce 12 janvier, nous ne regardons pas seulement en arrière. Nous tournons aussi notre regard vers l’horizon, là où se lève une lumière nouvelle. Le passé nous a marqué, mais il ne doit jamais nous paralyser. Ce jour de mémoire devient alors un pont entre ce que nous avons perdu et ce que nous refusons d’abandonner: notre dignité, notre unité et notre espérance. Haïti est un pays meurtri, oui, mais jamais vaincu. Un pays blessé, mais jamais brisé. Et si la terre a tremblé, notre âme, elle, n’a pas cédé. Encore aujourd’hui, le peuple haïtien porte la preuve vivante que la douleur n’éteint pas la vie, que les ruines n’empêchent pas les rêves, et que lorsqu’un peuple décide de se relever, aucune force ne peut l’arrêter. Puissions-nous continuer à avancer avec courage, à reconstruire avec sagesse, et à espérer avec confiance. Que la mémoire des disparus devienne notre force, et que leur souvenir nous aide à bâtir une Haïti plus juste, plus belle et plus unie. Que la lumière du 12 janvier ne soit pas seulement une lumière de deuil, mais une lumière d’espérance, de foi et de renaissance.