Est-ce qu'être noir déclare être un esclave
Je suis noir, je suis esclave
C'est ce destin qu'on nous gave
Esclave, c'était l'identité des noirs à l'époque de mon père
Peur, c'était le ressenti quotidien de mes ancêtres.
L'esclavage voulait un corps soumis, il a réveillé un peuple debout
Quand j'y songe, j'ai la rage
Ils ont pris nos corps, mais jamais notre courage
Alors, messieurs dames
Permettez-moi de poser mes mots sur ce drame
Trame d'une injustice où l'on a chiffré nos larmes
Crame un monde à l'envers, où la victime dédommage
Cage, Drame, Rage, Gage, Naufrage
L'or remplace les larmes dans ce drame
La dette est une nouvelle cage
Le prix à payer nourrit ma rage
Ma peau servait de seule gage
Cette justice est un naufrage
Quand j'y songe j'ai la rage
Ils ont pris nos corps mais on a laissé un sillage
Alors messieurs dames,
Permettez-moi de poser mes mots sur ces drames
Chaînes au cou
Chèques au bourreau
Leur dégoût n'a pas de prix
Ici l'oubli s'écrit
Le prix du cri
L'infini mépris
Qui punit la vie
On dit que la liberté n'a pas de prix
Mais ils ont exigé le prix
Ah, le patron a le magot
L’esclave a le cachot
Et l'état dit: "C'est cadeau"
Quel fiasco!
Oser l'indemnité pour un crime aussi géant.
Au milieu des décombres, le passé nous attend.
Aux marchands de silence, nous répondons en criant.
Oublier les ancêtres ? Quel fiasco déconcertant !
Offrir quelques pièces quand le sang est si présent... »
Enfermer la mémoire dans une cage de fer.
Fait d’ombres et de cris, le passé s’éclaire.
Et c’est dans ce silence que le temps se perd.
Père de nos douleurs, l'oubli nous enserre.
Encore un prix à payer pour sortir de l'enfer.
Quand j'y songe, j'ai la rage
Nos mains sont liées,
Mais notre volonté est libre
Alors, Permettez-moi messieurs dames
De poser mes mots sur ce drame
Écraser l'oubli des années de torture.
Affirmer la voix contre l'âme obscure.
Crier l'histoire de la chair sans future.
Dénoncer l'argent qui panse une blessure.
L'or des coffres. Le poids des ombres.
Ombres portées sur les siècles sombres.
Sombres calculs, l'humain devient chiffre.
Chiffre barré quand le verbe nous gifle.
Réparer l'âme ou payer le passé ?
Passé composé, mais jamais effacé.
Effacé du registre, gravé dans le sang.
Sang de la terre qui remonte les rangs
Le fer s'est tu, la plume prend le relais.
Relais de mémoire, sans plus de délais.
Délais de justice, les mots sont des ponts.
Ponts sur l'abîme, où nous nous répondons
Slamer la vie, briser le vieux sceau.
Sceau du mutisme jeté dans l'eau.
Eau de la mer qui devient notre encre.
Encre de paix pour lever notre ancre.
Quand j'y songe, j'ai la rage
Brisés dans la chair,
mais debout dans le cri
je délègue ma voix au sang de mon encre
Alors, messieurs-dames,
je laisse mes mots prendre le large,
Pour que ce drame sombre quitte enfin nos rivages







