Est-ce qu'être noir déclare être un esclave
Poésie

Est-ce qu'être noir déclare être un esclave

Est-ce qu'être noir déclare être un esclave

Je suis noir, je suis esclave

C'est ce destin qu'on nous gave

Esclave, c'était l'identité des noirs à l'époque de mon père

Peur, c'était le ressenti quotidien de mes ancêtres.

L'esclavage voulait un corps soumis, il a réveillé un peuple debout

Quand j'y songe, j'ai la rage

Ils ont pris nos corps, mais jamais notre courage

Alors, messieurs dames

Permettez-moi de poser mes mots sur ce drame

Trame d'une injustice où l'on a chiffré nos larmes

Crame un monde à l'envers, où la victime dédommage

Cage, Drame, Rage, Gage, Naufrage

L'or remplace les larmes dans ce drame

La dette est une nouvelle cage

Le prix à payer nourrit ma rage

Ma peau servait de seule gage

Cette justice est un naufrage

Quand j'y songe j'ai la rage

Ils ont pris nos corps mais on a laissé un sillage

Alors messieurs dames,

Permettez-moi de poser mes mots sur ces drames

Chaînes au cou

Chèques au bourreau

Leur dégoût n'a pas de prix

Ici l'oubli s'écrit

Le prix du cri

L'infini mépris

Qui punit la vie

On dit que la liberté n'a pas de prix

Mais ils ont exigé le prix

Ah, le patron a le magot

L’esclave a le cachot

Et l'état dit: "C'est cadeau"

Quel fiasco!

Oser l'indemnité pour un crime aussi géant.

Au milieu des décombres, le passé nous attend.

Aux marchands de silence, nous répondons en criant.

Oublier les ancêtres ? Quel fiasco déconcertant !

Offrir quelques pièces quand le sang est si présent... »

Enfermer la mémoire dans une cage de fer.

Fait d’ombres et de cris, le passé s’éclaire.

Et c’est dans ce silence que le temps se perd.

Père de nos douleurs, l'oubli nous enserre.

Encore un prix à payer pour sortir de l'enfer.

Quand j'y songe, j'ai la rage

Nos mains sont liées,

Mais notre volonté est libre

Alors, Permettez-moi messieurs dames

De poser mes mots sur ce drame

Écraser l'oubli des années de torture.

Affirmer la voix contre l'âme obscure.

Crier l'histoire de la chair sans future.

Dénoncer l'argent qui panse une blessure.

L'or des coffres. Le poids des ombres.

Ombres portées sur les siècles sombres.

Sombres calculs, l'humain devient chiffre.

Chiffre barré quand le verbe nous gifle.

Réparer l'âme ou payer le passé ?

Passé composé, mais jamais effacé.

Effacé du registre, gravé dans le sang.

Sang de la terre qui remonte les rangs

Le fer s'est tu, la plume prend le relais.

Relais de mémoire, sans plus de délais.

Délais de justice, les mots sont des ponts.

Ponts sur l'abîme, où nous nous répondons

Slamer la vie, briser le vieux sceau.

Sceau du mutisme jeté dans l'eau.

Eau de la mer qui devient notre encre.

Encre de paix pour lever notre ancre.

Quand j'y songe, j'ai la rage

Brisés dans la chair,

mais debout dans le cri

je délègue ma voix au sang de mon encre

Alors, messieurs-dames,

je laisse mes mots prendre le large,

Pour que ce drame sombre quitte enfin nos rivages

 

 

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